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FORMATION MEDICALE FRANCAISE : PHENOMENE DE NIVELLEMENT PAR LE BAS ?

Après avoir lancé en septembre 2012 une grande enquête sur les conditions de travail des internes , l’InterSyndicat national des internes (Isni) a réitéré au second semestre 2013 en s’intéressant cette fois-ci à la qualité de la formation théorique des internes en médecine . Alors que les résultats viennent d’être rendus publics le 19 mars dernier, éclairage sur les principaux enseignements à tirer.

 

Cette enquête d’envergure sur la formation médicale en France révèle surtout que :

 

  • seuls 50 % des internes ont la possibilité de prendre leurs demi-journées de formation par semaine ;
  • en moyenne, 18 demi-journées par semestre sont prises par les internes sur les 54 faisant partie des obligations de formation ;
  • 1/3 des internes ne sont pas autorisés à s’absenter de l’hôpital pour assister à leur formation ;
  • 20 % des internes n’ont pas la possibilité financière de se rendre à leur enseignement ;
  • près de la moitié des internes suivent une formation complémentaire car ils considèrent les enseignements du diplôme d’étude spécialisé (DES) insuffisants ;
  • 20 % des internes déclarent être dans l’obligation de suivre une formation complémentaire pour valider leur formation ;
  • les internes dépensent au minimum 1 150 €/an pour leur formation théorique obligatoire qu’ils financent majoritairement eux-mêmes ;
  • enfin, dans près de 60 % des cas, les internes ne sont jamais évalués au cours de leur internat.

 

Un classement par villes et par spécialités

Le syndicat représentatif de l’ensemble des internes dresse par ailleurs un classement des villes et des spécialités en fonction de la qualité de la formation. Dans le top 5 des villes où les internes sont les mieux formés, Lille arrive en tête, suivie d’Angers, de Nantes, de Paris et de Toulouse. Au niveau des spécialités ayant la meilleure formation théorique, c’est la médecine du travail qui se classe à la première place suivie ensuite par l’anesthésie-réanimation, l’anatomo-pathologie, la médecine nucléaire et la psychiatrie. A contrario, on trouve dans le bas du tableau la neurologie, la cardiologie, la chirurgie (DES), l’hépato-gastro-entérologie et la neurochirurgie.

 

Grande hétérogénéité et non-satisfaction de la formation

Pour l’Isni, cette enquête met en évidence deux points majeurs : l’existence « d’une grande hétérogénéité de la formation des jeunes médecins en fonction de leur lieu d’apprentissage et de la spécialité qu’ils apprennent à exercer » et globalement la non-satisfaction des internes vis-à-vis de leur formation, lesquels « ont de plus en plus recours à un complément de formation qu’ils doivent eux mêmes assumer ».

« Au-delà de ce premier état des lieux sur la formation médicale en France, et à l’instar des travaux mis en œuvre suite à l’enquête sur les conditions de travail des internes , l’Isni attend un engagement fort de la part du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESER) pour :

 

  • garantir une formation de qualité à l’ensemble des internes sur l’ensemble du territoire et ce, quelle que soit la spécialité choisie ;
  • permettre la mise en place d’une évaluation tant de l’enseignement dispensé que des compétences et des connaissances acquises ;
  • ne pas laisser s’amplifier le mécanisme pervers et onéreux d’un recours de plus en plus systématique par les internes à des formations complémentaires rendues quasiment obligatoires du fait d’une formation médicale initiale insuffisante ».

 

Dans le cadre de la réforme du troisième cycle des études médicales entamée par la co-tutelle MESER et ministère des Affaires sociales et de la Santé, l’InterSyndicat a donc affirmé lors de la diffusion de ces résultats qu’il saurait « faire valoir les avancées rendues nécessaires par le terrible constat révélé par cette enquête ».

 

 

1. Intitulée « Internes en médecine : gardes, astreintes et temps de travail ».

2. Enquête sur les pratiques d’enseignement théorique réalisée par auto-questionnaire diffusé par voie électronique du 3 juillet au 31 octobre 2013 auprès des 19 000 internes, futurs praticiens libéraux ou hospitaliers de France sollicités. Près de 5 600 réponses ont été recueillies, dont 3 270 complètes [http://isni.fr/wp-content/uploads/2014/03/Rapport_Formation_ISNI_lowres.pdf].

3. Tant au niveau national (mise en place d’un groupe de travail au ministère des Affaires sociales et de la Santé (MASS), qu’au niveau européen (mise en demeure de la France par la Commission européenne de respecter ses obligations en matière de temps de travail, notamment en se basant sur la directive « Temps de travail »).