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SURMEDICAMENTATION DES SENIORS : L’UFC-QUE CHOISIR S’EN INQUIETE

Dans une enquête intitulée « Halte à l’overdose pour les personnes âgées » publiée le 28 janvier dernier, l’UFC-Que Choisir s’alarme de l’empilement de médicaments sur les ordonnances des personnes âgées. Surmédicamentation, iatrogénie médicamenteuse, effets indésirables…, décryptage de ce phénomène de surprescription qui n’est pas sans conséquence sur les plans sanitaire et financier.

 

Près de 350 ordonnances contenant au moins cinq lignes de prescription (médicaments et autres dispositifs comme les appareils pour mesurer le diabète) à destination de patients âgés de 75 ans et plus polymédicamentés ont ainsi été analysées par l’associationau second trimestre 20141. En moyenne, « les ordonnances collectées contenaient 8,6 médicaments, avec un maximum de 21 médicaments pour une seule personne ! », relève l’UFC-Que Choisir. Et celle-ci de s’interroger : « À ces niveaux de prescription, les médecins sont-ils encore en mesure de s’assurer que chaque médicament est justifié et n’est pas plus dangereux que bénéfique ? Notre analyse montre le contraire. »

 

 

4 ordonnances sur 10 potentiellement dangereuses pour les patients âgés

 

Les ordonnances collectées ont été passées au crible de la liste de Laroche, qui définit les médicaments potentiellement inappropriés pour les personnes âgées. Et les résultats sont alarmants, puisque parmi celles-ci, « près de quatre sur dix sont potentiellement dangereuses pour les patients âgés », c’est-à-dire qu’elles contiennent au moins un médicament « potentiellement inapproprié » aux personnes âgées ! « Or la juste prescription est un enjeu particulièrement important pour ces dernières ». En effet, en vieillissant, l’organisme, plus fragile, supporte moins certains médicaments et met plus de temps à les éliminer, indique l’enquête. « En outre, les effets indésirables liés à la prise d’un médicament sont souvent plus graves pour les personnes âgées, plus fragiles ». Et la prescription de ces produits, quand elle n’est pas simplement inutile, peut s’avérer plus néfaste que bénéfique pour les patients âgés. Ainsi, les somnifères et les tranquillisants retrouvés dans une ordonnance sur quatre, exposent à des « risques de somnolence, des troubles de la mémoire, (…) et des chutes », souligne l’enquête. De même, certains antidépresseurs ou antispasmodiques, prescrits dans une ordonnance sur dix, « peuvent nuire gravement au confort de vie, voire aggraver des problèmes existants » chez les seniors.

 

La « déprescription », un enjeu sanitaire et financier

 

« Au-delà des enjeux sanitaires, la surprescription a un coût pour notre système de Sécurité sociale », fait-elle valoir, rappelant ainsi qu’en France « les dépenses de médicaments ont atteint 33,5 milliards d’euros en 2013, à près de 90% pour des médicaments remboursables par l’assurance maladie. Notre pays demeure un gros consommateur, avec une consommation par habitant de 22% supérieure à la moyenne des grands pays européens2» Raison pour laquelle l’UFC-Que Choisir invite les professionnels de santé à prendre conscience « du coût sanitaire et économique de cette situation » et qu’ils « commencent enfin à « déprescrire » ».

 

« Devant les résultats inquiétants de son étude, l’UFC-Que Choisir presse ainsi les pouvoirs publics d’inscrire la « déprescription » pour les personnes âgées dans les indicateurs de rémunération à la performance des médecins. Par ailleurs, l’association demande à la Haute autorité de santé (HAS) de faire ce sujet une priorité de travail pour les années à venir ».

 

1. Résultats détaillés dans le n° 91 de février 2015 de Que Choisir Santé

2. Source : Comptes de la Santé 2013, données IMS Health 2012. Consommation mesurée en unités standard.